ecrire.jpgCette réflexion n’engage que son auteur, même si elle est par ailleurs présidente d’EFA 27. Cependant, s’appuyant sur l’éthique de l’adoption suivie à Enfance et Famillles d’Adoption, elle vous renvoie à ce que le site de la fédération, le site de EFA 27,  ont déjà pu publier les temps précédents (Michel Bibal, webmestre).


Enfants du DARFOUR dits orphelins …
De A à Z … ce n’est pas de l’adoption !

A.D.Z. a cru, voulu faire croire, – si l’on tente de suivre ce qu’ils en ont dit – sauver des enfants en les faisant adopter, en leur donnant un nom pour cela, une nouvelle identité, un passeport … : c’était « les orphelins du Darfour ».

Mettant « la charrue avant les bœufs » selon cette expression de labeur, « l’adoption » était brandie comme solution décrétée aux maux de ce pays – faisant fi de l’expérience, du savoir prudent et des mises en garde des ONG , de l’UNICEF, de la Croix Rouge, de EFA, de l’Etat Français, etc., qui ont crié leur désaccord.

ADZ était en mission ! Rien, ni personne ne l’arrêterait !
L’orphelin-supposé en était l’argument, ne restait plus qu’à aller le chercher … quitte à le « fabriquer » : pas difficile de trouver en effet des enfants solitaires, perdus, dans ce chaos ! pas difficile de convaincre des parents en pleine détresse de laisser leurs enfants aux mains de personnes si persuadées de leur bienfaisance ! Mais :
– aucun « consentement à l’adoption », n’est-ce pas ! Cet écrit que le dossier de tout enfant adoptable doit contenir, afin d’être certain que l’enfant l’est, adoptable. Il n’en n’était pas question avec les … parents de ces dits … orphelins !
A-t-on recueilli un seul « oui » à l’adoption chez un seul de ces 103 enfants ? Cet accord que l’on doit absolument avoir de la part d’un enfant – et qui peut prendre des mois et des mois de travail pour l’enfant, avec des professionnels, psychologues hautement formés à la conduite d’un tel travail.

Seule, invincible, une certitude -délirante car agissant à l’encontre de toutes les mises en garde, faisant fi de toute loi, aveuglante pour tous ceux qui se sont levés pour cette cause aux airs humanitaires.Une certitude qui a entraîné dans son sillage des mensonges intolérables : on sort des enfants du chaos … en trichant ! Et l’on peut croire et faire croire qu’ainsi, l’enfance reprendra confiance ? ?

Certitude, malhonnêteté ? cela sera jugé par qui de droit.
Méprise certes, et aveuglement devant ce processus centré sur « l’orphelin ».
Signifiant maître, fantasme des responsables d’ADZ, qui a conduit de A à Z cette opération délirante : autour d’un mot isolé, sorti de tout le contexte de guerre et d’horreur, où l’enfance est maltraitée, l’humanité bafouée.
Mythiquement identifiée – de par l’équivoque de ce nom avec l’Arche de Noë à un sauvetage de l’humanité toute entière, rien de moins.
ADZ, dans un processus ressemblant à une identification à l’orphelin-adopté … change alors de nom, et devient children rescue !

Méprise donc autour de l’interprétation de ce drame du Darfour, et des moyens à mettre en œuvre.
Un délire, c’est cela : partir en guerre sous la bannière d’un signifiant maître, un mot isolé de la chaîne signifiante, isolé des mots et des maux de l’histoire de ces enfants, de leurs familles décimées.

C’est folie de croire que l’on peut retirer un enfant de tout ce qui fait de lui un être de langage, et de croire qu’on l’apaiserait ainsi. Claire Brisset, ex défenseure des enfants, le soulignait très justement : on voue alors ces enfants à une culpabilité ravageante, d’avoir abandonné les leurs à l’horreur ! Ce cauchemar où il n’y a plus aucune réalité à combattre, pure angoisse, saura à coup sûr ravager ce nid doré, rêve d’ADZ …

A n’en pas douter, EFA le sait bien avec de nombreux témoignages, après un temps d’idéalisation, de sidération selon le cas …, les vieux démons ressurgissent ! Ces enfants arrachés à l’horreur souffrent dans leur âme, et l’amour ne suffit pas pour panser ces plaies invisibles, ces plaies intimes.
La réplique frustrée des familles qui ont beaucoup donné pour soulager leur propre sentiment de culpabilité … ne tardes pas : avec tout ce qu’on a fait pour toi ! C’est ainsi que l’on est remercié ? Sais-tu à quel avenir on t’a arraché ? ?

Le déchirement, la réouverture de la plaie, de ce mensonge fondamental qu’à été la motivation pour recueillir un-enfant-à-sauver, ne peut être qu’à la mesure de ce mensonge infâme qu’ont été ces bandages falsifiés sur les corps de ces enfants déjà trop meurtris, ces enfants dits « orphelins du Darfour à sauver » !!

Une adoption, si tant est qu’elles aient pu aboutir dans ce drame, ne saura tenir son cap si le désir est fourvoyé à sa base.

« Sauver un enfant » ne peut pas être, JAMAIS, ce qui motive une adoption !

L’adoption n’est pas humanitaire, c’est le désir de fonder une famille.

Et l’humanitaire, le « vrai » …bien orienté, a toute sa place dans notre monde déboussolé aux cotés des enfants et de leurs familles pour leur permettre de survivre à la folie des hommes et de croire en un avenir !

Laurence Morel