Les mesures annoncées par le gouvernement : le point de vue d'Enfance et Familles d'AdoptionL’article ci-dessous a été écrit par la fédération nationale EFA et est relayé par l’association départementale EFA 27. Il exprime la position de notre fédération.
L’association EFA 27 en est bien sûr totalement solidaire !

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« Accroissement de la demande », « promesse du vivier chinois [qui] semble s’évanouir », un article, paru dans Le Figaro du 26 septembre, traite en ces termes de l’adoption. Le style, l’approche relèvent d’une rubrique économique : une agence qui « démarche » ; des adoptants qui « plébiscitent ». On croit lire une opération de marketing pour la « petite poupée venue de Chine »… On voudrait faire croire que « la Chine s’entrouvre à l’adoption » alors qu’il apparaît, à lire attentivement, qu’elle « s’entrefermerait ». Quant à « la sécurité et à la grande rigueur », la journaliste semble ignorer qu’il y a quelques années, un millier environ d’enfants auraient été volés dans des provinces chinoises, voire au Vietnam.

De tels propos occultent la complexité des relations entre pays développés et émergents sur un sujet aussi sensible que l’adoption internationale, la réduisant à une opération marchande. Ils ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une certaine façon de penser et de dire l’adoption, comme en témoignent les propos du président du Conseil d’administration de l’Agence française de l’adoption (AFA), entendus sur Parenthèse Radio (émission « Les p’tits loups ») le 27 août dernier. Monsieur Yves Nicolin répondait à un père adoptant sur les « dons imposés » aux orphelinats vietnamiens, qui oscillent entre 6 000 et 10 000 euros :

 » – Mais moi, je voudrais ré-insister là-dessus, parce qu’avec l’Agence française de l’adoption, nous travaillons aujourd’hui dans des orphelinats au Vietnam et les dons sont à la discrétion des parents. Simplement, on leur dit : « Voilà ce qui se pratique normalement. Vous devriez donner tant. » Ils sont libres de donner ou de ne pas donner. Par contre, ceux qui ne donnent pas ou qui donnent insuffisamment, il faut savoir qu’ils mettent, entre guillemets, en péril l’adoption de futurs adoptants. Il y avait comme un système. Par exemple en Russie (moi j’ai adopté trois enfants en Russie), il y a un … Ça n’a rien à voir avec les dons, mais vous devez faire un rapport d’intégration de l’enfant tous les six mois pour montrer que tout se passe bien. Certains parents ne le faisaient pas. Qu’est-ce qui se passait ? Eh bien, ceux qui voulaient adopter après, les Russes disaient « Non, parce que vous ne respectez pas les règles. » Il faut penser que si on demande aux couples de respecter certaines règles, des règles écrites ou non écrites, ce n’est pas seulement pour eux mais c’est pour les suivants. Et l’image que laisse la France dans certains pays, c’est aussi pour les suivants.  Et quand je disais que dans certains pays, on passe, les Français passent pour des pingres, c’est une réalité. […] « 

À une autre intervenante notant que  » Là on est dans une histoire de pingrerie à coup de 10 000 euros « , M. Nicolin répond :  » Ça c’est évident. Dans certains pays, c’est quasiment très peu de choses.  »

Ce qui est tout aussi évident, c’est que dans certains pays, 10 000 euros représentent une somme astronomique en rapport avec des salaires mensuels de 30 à 100 euros, qui permettrait, par la mise en oeuvre de projets, à des enfants de rester dans leur famille au lieu d’en être séparés.

Il est normal que la France et les autres pays d’accueil aident les pays d’origine, sans contrepartie, à se doter de services de protection de l’enfance, à mettre en place des structures et des aides visant à prévenir l’abandon, à soutenir les familles, à permettre aux enfants de grandir dans les meilleures conditions possibles. Il est normal que les pays d’origine attendent une telle aide : pour que leurs enfants puissent rester dans leur famille ou être adoptés sur place, afin que l’adoption internationale puisse jouer son rôle de solution familiale ultérieure ; mais en aucun cas afin de les inciter à monnayer leurs enfants et la détresse humaine.

Il est anormal que le président d’une instance publique encourage par ses propos une attitude qui pourrait se résumer à la devise « donner plus pour adopter plus », qu’un quotidien national réduise l’adoption à une transaction qui fait des enfants des jouets, une monnaie d’échange déshumanisée et dégradante.

Les adoptés devenus adultes disent combien ils sont sensibles à toutes les questions d’argent ayant pu entourer leur adoption (achetés, donnés, pour combien ?), combien elles peuvent mettre à mal, voire en danger, leur estime de soi, leur relation à leurs parents et peser dans le regard que la société porte sur eux.

L’adoption, menée dans des conditions de transparence, sans perdre de vue l’intérêt et la dignité de l’enfant, reste majoritairement une histoire merveilleuse de deux rencontres. L’expérience montre que l’adoption internationale peut rendre des enfants désirables dans leur pays, leur permettre de bénéficier d’une meilleure protection, d’une adoption nationale ; elle ne doit pas les rendre monnayables.

Enfance & Familles d’Adoption, 26 septembre 2008