Lettre à  Madame Delphine De Mallevoüe, Rédactrice ; Le Figaro.

Suite à votre article paru dans Le Figaro,  du 27/10/08, « De plus en plus de handicapés proposés à l’adoption » – et suite à la réponse que vous a fait parvenir Madame Geneviève Miral, je tenais à vous faire part de ma réaction en tant que présidente de l’association départementale Eure de Enfance & Familles d’Adoption.
Notre fédération réfléchit depuis de très nombreuses années à enrichir l’adoption d’apports multiples (témoignages d’adoptés majeurs, intervenants de professionnels, colloques nationaux, et intervenants de tous pays concernés par l’enfance délaissée, etc. ) afin d’être des acteurs fiables en faveur de l’enfance délaissée, afin d’accompagner au mieux parents adoptifs et enfants adoptés dans un parcours parfois tourmenté.
Nous avons besoin de prendre la parole pour faire connaître nos points de vue, et transmettre ce que nous apprenons de l’évolution de l’adoption dans le monde actuel, ce que nos expériences d’adoptés, d’adoptants nous enseignent.
Pour nous faire entendre, les médias nous proposent leurs pages, leurs antennes, et nous vous en remercions !
Mais parfois, notre parole y est distordue, et nous ne la reconnaissons pas dans ce que nous lisons dans vos pages…. où la complexité de l’adoption que nous soutenons est ravalée en quelques lignes réductrices et partiales comme le fait votre article.  De l’enrichissement à l’appauvrissement !

 Voilà un article qui montre combien on peut résolument se fourvoyer en matière de compréhension de ce qu’est l’adoption –processus ô combien humainement sensible.
Vous martelez tout au long de votre papier l’idée que c’est là question d’offre et demande, en occultant qu’il y a le désir d’être parent, désir qui échappe à de telles lois commerciales et mercantiles. Désir, manque parfois oui, que vous désignez par cet on ne peut plus élégant « aux abois » ! Les parents sont flattés par ce qualificatif, soyez en sûre, évoquant la meute qui à coup sûr aura raison du pauvre parent en souffrance ; ou encore résonne avec ce que l’on aura à se mettre sous la dent …. l’enfant ? l’enfant « mal formé », « l’handicapé » -avec lequel on aura été « abusé » ??

La stérilité est pour vous « injure » …  .
 Dommage subi ? oui ; si là encore on voit l’humain comme une mécanique où des pièces peuvent faire défaut. Je préfère l’envisager comme un sujet, qui a un corps, qu’il lui faut assumer avec les marques que laisse parfois l’histoire trans-générationnelle. La stérilité n’est pas toujours défaut, mais parfois marque d’un impossible dans le corps.  Car être parent s’inscrit dans une histoire.
La « double peine » peut offenser dans vos termes, car équivoque avec La faute !

– Non, les parents adoptants n’ont pas à se sentir coupables de ne pas procréer !
– Non, ils ne sont pas punis dans un « chemin de croix » !
– Non, la filiation biologique n’est pas la seule respectable ;

 -Oui tout enfant a droit à une famille
– Mais oui aussi, les parents ont à ouvrir les yeux sur leur désir, sur les réalités de l’adoption, et à se prononcer sur leurs limites, pour ensuite être parent d’un enfant pour toute la vie.

 
Peut-être même ces limites, assumées comme les leurs et tout à fait respectables,  conduiront un certain nombre de postulants à renoncer à leur projet de parentalité par adoption…
 
Cela n’aura pas été un « parcours de combattant », mais un parcours responsable !  Et tous – postulants et enfants en attente d’une famille – auront été respectés !

En vous remerciant de votre attention, recevez Madame, mes sincères salutations.

Laurence MOREL, présidente EFA 27