Par Estelle*

L’attente

La période de l’attente entre l’obtention de l’agrément et l’arrivée de notre fils a pour moi été rythmée par des périodes d’activités et des périodes pendant lesquelles il ne se passait rien. Même si au final notre attente fût plutôt courte dans le contexte actuel de l’adoption (1an ½), cette période d’incertitudes est parfois difficile à vivre.

Après avoir obtenu l’agrément, nous avons rapidement écrit aux OAA. Nous avons eu la chance d’avoir quelques réponses demandant des compléments d’informations et au bout de 6 mois, nous étions acceptés par une OAA pour une adoption en Colombie. Le temps de monter le dossier, nous étions acceptés sur liste d’attente 1 an après notre agrément. La réception de ce courrier fût un moment fort pour moi : enfin j’ai pu me dire que oui, un jour, en étant suffisamment patients, nous serions parents. Nous pouvions également nous projeter plus précisément sur notre futur enfant et sur la façon dont nous le rencontrerions.

Cette première année est passée relativement vite car nous étions dans l’action : courriers, entretiens, récupération de toutes les pièces du dossier. Nous avions vraiment l’impression d’avancer dans notre démarche.

Après la nouvelle de l’acceptation sur liste d’attente, l’euphorie a duré quelques semaines. Mais nous avons vite été rattrapés par la réalité des délais en Colombie : les délais sont de plus en plus longs et cela semble de plus en plus difficile d’arriver au bout du projet pendant la durée de validité de l’agrément.

La prise de conscience de ce constat (que nous ne voulions certainement pas voir avant) a été douloureuse. Après quelques mois, nous avons décidé de relancer les OAA afin de voir si notre projet pouvait aboutir dans un autre pays (heureusement, nous n’avions pas signé d’exclusivité). Cela m’a demandé un certain temps de réflexion car je m’étais focalisée sur une adoption en Colombie et il m’a fallut reconsidérer notre projet. Mais une fois la décision prise, j’ai retrouvé l’envie d’être vraiment active dans notre projet d’adoption.

Pendant ce chemin très personnel, nous avons vraiment apprécié de pouvoir partager ces moments avec le groupe de parole créé par le Conseil Général. Nous qui nous étions exclusivement orientés vers les OAA afin de bénéficier de leur soutien, avons eu le sentiment de nous retrouver seul une fois le dossier accepté : aucune rencontre, aucun échange. Ce n’est que début 2010, après les remarques de plusieurs personnes, que cet organisme a décidé de mettre en place des groupes de paroles avec une psychologue. Ce point nous a semblé particulièrement important car nous avions besoin d’échanger sur notre façon d’appréhender ce long délai.

 

La rencontre

En ce début d’année 2010, mon moral n’est pas au beau fixe concernant notre projet d’adoption. Nous venons de finir une série d’entretien avec un OAA, d’autres sont prévus avec un autre organisme. Nous sommes donc encore et toujours dans l’attente de notre futur enfant, sans rien de concret à court terme.

Et alors que nous ne nous y attendons pas, nous recevons, en ce début février, la lettre inoubliable nous annonçant ton existence.

En ouvrant le courrier du Conseil Général nous annonçant que le Conseil de Famille nous a choisis pour être les parents d’un bébé, je reste sans voix. Nous avons beau le relire plusieurs fois, ce n’est qu’au fil des appels à la famille et aux amis proches que nous prenons réellement conscience de la nouvelle : nous allons être parents !

Que dire de cette première nuit où nous n’avons pas pu trouver le sommeil : es-tu un garçon ou une fille ? A quoi ressembles-tu ? Quand es-tu né ? Quelle est ton histoire ? Toutes ces questions se bousculent dans notre esprit.

Le rendez-vous est fixé au lendemain matin pour la présentation de ton dossier.

Nous apprenons alors que nous sommes les parents d’un adorable petit garçon de 3 mois. Que d’émotions en lisant ton dossier et en regardant tes photos ! Nous sommes sur un nuage.

La rencontre est fixée au lendemain 13h : dans un peu plus d’une journée nous allons te rencontrer !

Il faut maintenant revenir à l’aspect pratique de notre vie d’avant : retour au travail pour annoncer la bonne nouvelle et le fait que je ne reviendrai pas travailler avant le mois de septembre. Que c’est dur de penser au travail alors que je ne regarde qu’une chose : ta photo posée sur mon bureau.

En rentrant, nous prenons le temps de t’acheter 2 doudous afin de te les offrir lors de notre rencontre.

Cette deuxième nuit d’attente avant notre rencontre est encore très agitée : je note tous les détails donnés oralement sur ton histoire afin d’être sûre de ne pas les oublier (mais comment le pourrais-je ?), nous réfléchissons encore au prénom que nous souhaitons te donner. Ce n’est finalement que lors du trajet en voiture que nous nous déciderons !

Le trajet vers le Conseil Général est encore plein d’émotions, nous imaginons notre rencontre et sommes stressés. Merci encore à la psychologue qui nous a donné du temps ce matin-là pour exprimer notre ressenti, nos questionnements. Ceci nous a vraiment permis d’arriver sereins lors de la rencontre.

Nous qui pensions, il y a encore quelques heures être submergés par l’émotion et ne pouvoir faire autre chose que pleurer lors de ce moment tant attendu, sommes surpris par notre état d’esprit : nous sommes détendus, c’est le moment le plus fort de notre vie et nous souhaitons en profiter pleinement.

Nous entendons alors ton arrivée dans le couloir et nous te voyons passer la porte dans les bras de ta référente.

Tu es là, les yeux grands ouverts, en nous fixant intensément. Tu n’as que 3 mois mais nous avons l’impression que tu comprends parfaitement ce qu’il se passe : c’est un grand jour pour nous trois.

Nous te parlons doucement puis je te prends dans mes bras. Quel bonheur de te sentir, mon fils, tout contre moi. Tu ne nous quittes pas du regard et nous continuons à te parler. Nous nous asseyons alors, collés tous les trois, sur le canapé. Et au bout de quelques minutes, tu t’endors dans mes bras alors que je te caresse le front… Nous sommes dans notre bulle, tout le monde a quitté la pièce sans que l’on s’en aperçoive vraiment.

Toute cette attente, tout ce que nous avons vécu en valait la peine : tu es là dans nos bras. Ce ne pouvait être que toi.

Nous apprenons grâce aux petites fées qui ont veillé sur toi à mieux te connaître et à apprendre tous les gestes du quotidien. Après cette journée inoubliable, nous te quittons en te laissant dans ton lit une fois la nuit tombée.

Le personnel du foyer départemental a été formidable : les conseils étaient toujours les bienvenus et ils ont vraiment su nous laisser du temps tous les trois.

La deuxième journée ensemble se réparti entre les moments de découvertes réciproques et l’achat, pendant ta sieste, du minimum nécessaire à ton arrivée à la maison.

Ces premiers moments partagés ensemble sont vraiment très forts émotionnellement et il est déjà dur de te quitter le soir.

Nous passons voir la psychologue en fin d’après-midi quand elle nous pose la question : « souhaitez-vous repartir dès demain chez vous tous les 3 ? » Un vent de panique me saisit : si vite ? Sommes-nous prêts pour s’occuper de toi sans aide ? Elle nous laisse le temps de la réflexion.

Mais la réponse est finalement facile, après une nuit pendant laquelle être loin de toi a été si difficile.

Nous te retrouvons donc le vendredi matin en espérant revenir à la maison tous ensembles. Quel bonheur d’avoir l’accord en milieu de journée. Moi qui suis d’un naturel émotif, je n’avais pas encore pleuré devant toi. C’est maintenant chose faite à l’annonce de cette nouvelle.

 

Ta découverte jour après jour

Grâce à la répartition du congé d’adoption, nous avons un peu plus d’un mois pour nous découvrir tous les trois avant que papa retourne travailler.

Les premiers jours sont un mélange d’émerveillement, d’inquiétudes au moindre de tes bruits, de découverte de tes habitudes de sommeil qui ont été quelque peu perturbées depuis notre rencontre.

Nous découvrons également un peu plus ton comportement : tu es un petit garçon calme, tonique, aimant regrouper ses mains pour se rassurer. Tu poses ton regard grand ouvert sur tout ce qui t’entoure.

Nous découvrons également que tu t’endors beaucoup plus rapidement tout seul dans ton lit que dans nos bras, qu’il ne faut surtout pas oublier d’avoir la tétine à portée de main à la fin des biberons, qu’il vaut mieux éviter de trop te parler quand tu te réveilles la nuit car cela te réveille encore plus …

Nous avons beaucoup de mal à ne pas te prendre dans les bras tout le temps. Nous mettrons un mois avant de pouvoir te confier dans les bras d’une autre personne.

Tu nous impressionnes par ta rapidité d’adaptation.

Au fil des jours, nous voyons tes bras se détendre, tes sourires sont plus nombreux, le petit pli entre tes yeux à disparu.

Et que dire de ces deux moments inoubliables : alors que tu ne joues plus beaucoup sur ton tapis d’éveil, je te dis en te prenant dans les bras qu’il est tant d’aller faire une sieste car tu sembles fatigué. Et là tu me réponds par un énorme sourire en me regardant droit dans les yeux avec l’air de dire : tu as vraiment compris mon besoin. Et la semaine suivante, ces longues minutes yeux dans les yeux, sourire jusqu’aux oreilles, un pur moment d’échange qui a fait se taire l’amie chez qui nous déjeunions car nous étions dans notre monde à tous les deux. Lors de notre rencontre, j’ai su dès le premier instant que tu étais mon fils. Je sais maintenant que je suis ta maman.

Et puis, comme on nous l’a si bien dit, on devient des parents à part entière quand il faut également gérer les moments difficiles : tes premières maladies (forcément impressionnante et inquiétantes), les heures de pleurs associées, tes petits yeux collés, ta respiration sifflante. Nous devons prendre sur nous pour toujours te rassurer, te consoler, ne pas t’angoisser, même si chacun de tes cris nous fend le cœur.

Au fil des mois, c’est toujours avec beaucoup de bonheur et d’émotions que nous découvrons tous tes progrès. Que d’émotion lors de notre première séance de bébé nageur : j’en avais tellement rêvé ! Quel bonheur de jouer, se balader, partager tes rires, te faire sourire, de simplement vivre à tes côtés.

 

De l’enfant rêvé à l’enfant réel

Jusqu’à présent, il m’est difficile d’avoir un vécu sur cette question. Tu es encore plus merveilleux que ce que l’on imaginait : tu es un petit bonhomme calme mais dynamique (et oui, cela peut aller ensemble), coquin, câlin, peu de pleurs, un bon sommeil. Nous verrons cela par la suite …

 

Te parler de ton histoire

Depuis notre rencontre, nous te parlons régulièrement de ton histoire. Nous ne savons pas vraiment ce que tu comprends mais cela nous permet de nous habituer à utiliser des mots que nous espérons compréhensibles pour un enfant. De plus, les nombreux albums photos de tes premiers mois de vie sont un bon moyen d’évoquer le sujet avec toi qui aime tant les photos.

Cela ne me gène absolument pas, comme je pouvais parfois le craindre pendant nos réflexions sur l’adoption. Ceci est peut-être lié au fait que je me sens à l’aise avec les éléments connus et que je me sente pleinement ta maman pour la vie.

 

Se redécouvrir

Ces premiers mois ensemble sont un vrai bouleversement dans notre vie.

Même si nous imaginions, rêvions, parlions de ce moment et de notre future vie de parents depuis des années, je me découvre sous un nouveau jour : celui de maman.

Moi d’un naturel plutôt arrangeant, je me découvre plutôt intraitable avec les autres dès qu’il s’agit de sujets te concernant.

Je découvre également que ton papa est encore plus formidable que je ne le pensais : câlin, joueur, il connaît des dizaines de chansons et sait te faire rire avec tout ce qu’il trouve.

Pendant les premiers mois, tu es notre seul centre d’intérêt. Je mets plusieurs mois à réussir à faire autre chose que d’être avec toi dès que tu es réveillé. Viens alors le moment de trouver un nouvel équilibre entre les instants en famille, en couple, pour soi. Ce n’est pas forcément évident mais cela se fait petit à petit.

Voilà maintenant venu le moment de reprendre le travail.

L’assistante maternelle choisie nous a tout de suite plu. L’adaptation à l’air de bien se passer (je t’ai retrouvé blotti dans ses bras dès votre première heure ensemble), même si tu mets quelques minutes à me sourire quand je viens te chercher. Te manquerais-je ?

J’ai vraiment envie de reprendre le travail mais qu’il est difficile de te voir si peu par jour, d’apprendre tes progrès par ta nounou … mais bon, le temps nous permettra de trouver un nouvel équilibre.

Ce n’est que le début mais quelle belle aventure que celle d’être tes parents.

Merci mon cœur. Avant de te connaître, nous n’imaginions pas à quel point nous pouvions aimer quelqu’un.

 

* Estelle & Tony sont adhérents EFA 27.