.Par Isabelle de Penfentenyo –adoptsapiens, un blog dédié à la parentalité adoptive

J‘ai toujours pensé que l’abandon n’expliquait pas toutes les souffrances de nos enfants, et qu’il était absolument nécessaire de prendre aussi en compte leur déracinement, leur exil. Si c’est particulièrement frappant des enfants dits grands, cela reste néanmoins vrai à tous les âges, y compris touts petits. Car si les tout jeunes enfants ont peu ou pas de souvenirs conscients, sont engrammés en eux des souvenirs inconscients, in utero et dans leurs premiers mois, sans compter le poids de la généalogie. Regarder certains troubles à l’aune de notre seule psychologie occidentale semble réducteur.

J’ai été plus d’une fois impressionnée de constater combien l’origine des enfants semblait avoir un impact sur leur comportement, leur adaptation et leur développement. Bien sûr, ce n’est qu’une généralité, avec toutes les prudences nécessaires dans ce cas. Mais je suis certaine que la culture d’origine de nos enfants a autant de poids que leur histoire personnelle. Et quand j’entends culture, je veux dire héritage familial autant que sociétal.

J’en conclus qu’il est extrêmement important, pour nous parents, non seulement d’approcher leur culture, mais de nous en imprégner. Lire des contes, par exemple, c’est mieux comprendre les mythes et archétypes profondément inscrits en eux. Nous ne remplaçons pas leur culture et leurs traditions par les nôtres, nous les juxtaposons.

J’ai récemment approché l’ethno-psychiatrie, ou ethno-psychanalyse, ou encore ethno-thérapie. Dans ces démarches, il s’agit de comprendre que nos bons vieux diagnostiques occidentaux peuvent ne pas s’appliquer, ou s’appliquer différemment, aux enfants migrants ou de migrants. J’aime beaucoup cette phrase de Marie Louise von Franz, collaboratrice de C.G. Jung, que j’avais découverte il y a quelques temps dans un de ses livres: « Un homme nu  dans une ville européenne, c’est un fou. Un homme nu dans les rues de Calcutta, c’est un saint! ». Il est important donc, tant pour les professionnels de l’accompagnement que pour les parents, de prendre en compte cette facette de nos enfants. Car s’ils s’adaptent facilement en apparence, il n’en demeure pas moins qu’ils ont été arrachés à leurs racines et qu’il nous revient de le prendre en compte.

Ceux d’entre nous qui ont voyagé à l’étranger ou même y ont vécu, savent le sentiment d’étrangeté que l’on peut ressentir au-delà de l’excitation de la nouveauté et de la découverte. Il est aisé, dès lors, d’imaginer l’effort demandé à tous ces enfants qui arrivent d’autres latitudes.

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