Par Maureen Demidoff

Adopter en Russie était une procédure relativement fréquente pour les Français jusqu’à ce que la Russie durcisse le ton et sanctionne le non respect de ses procédures.

Un peu plus de 700 000 enfants attendent dans les orphelinats en Russie dont pas moins de 150 000 adoptables, tous les enfants n’étant pas en situation d’abandon.

Selon les statistiques du Ministère des Affaires étrangères français, 301 enfants russes ont été adoptés par des Français en 2010, hissant la Russie au 5ème rang des pays d’adoptions françaises.

Un citoyen russe ne perd jamais sa nationalité russe

Aujourd’hui la Russie est en passe de conclure des traités bilatéraux avec la France pour réguler les procédures d’adoptions. Ces accords sont nécessaires pour la Russie qui considère qu’un citoyen russe ne perd jamais sa nationalité, même adopté à l’international.
Le pays demande donc à rester en contact avec ces enfants pendant les trois premières années qui suivent l’adoption.

Valérie Lessage a adopté entre 2002 et 2007, trois enfants de la région d’Ekaterinbourg : «Mes enfants ont la double nationalité. Ils sont inscrits à l’Ambassade de Russie en France et sont considérés comme Russes en Russie. Nous avons fait les 4 rapports de suivi ; Il y en a deux la première année, à 6 mois et à 1 an, puis chaque année à 2 et 3 ans. Les premiers sont faits par le Conseil régional qui a délivré l’agrément. Les suivants, nous les faisons avec le médecin traitant et la directrice de l’école. La région de Ekaterinbourg a cependant une particularité, elle veut des rapports jusqu’à la majorité de l’enfant

«Aujourd’hui c’est la responsabilité des parents d’envoyer des nouvelles de l’enfant aux autorités russes et pour diverses raisons, cela se fait plus ou moins bien» confie Stéphane Lauch, vice président de l’Association Adoption-Russie.

La liste noire russe

Manifestement, la Russie est en manque de certains rapports, «parce que certains parents, une fois qu’ils ont l’enfant oublient les contraintes administratives ou des rapports se perdent, ne sont pas reçus, d’autres pas comptabilisés… », explique Stéphane Lauch.

Les autorités russes ont donc établit une liste noire recensant les départements français dont les rapports sont manquants.

Une fois inscrit sur cette liste, l’adoption par la voie individuelle est interdite pour tous les candidats habitant dans ces départements. 68 départements français sur les 93 figurent actuellement sur la liste noire, réactualisée trois à quatre fois par an.

L’AFA versus les adoptions individuelles ?

Dans ce contexte, la Russie souhaite avoir un interlocuteur unique au niveau de l’Etat français pour faciliter et simplifier les échanges d’informations. Pour répondre à la demande russe, l’Etat français a créé l’AFA (Association Française de l’Adoption). Depuis trois ans, cette association est implantée en Russie et selon Stéphane Lauch, «depuis leur arrivée, le nombre d’adoption a considérablement diminué».

«Comme l’AFA représente l’Etat français, il n’y a plus que cette association qui peut gérer les dossiers dans les régions où elle est installée. Les adoptions par voie individuelle se sont donc complètement arrêtées et malheureusement l’AFA n’a pas les moyens suffisants pour répondre à toutes les demandes. Cette association est une très bonne chose, faut-il encore que la France lui donne les moyens de travailler efficacement. Il y a trois ans, ils ont réalisé seulement 8 adoptions, 6 il y a deux ans, et doivent être à 12 pour l’année 2010», déplore le vice-président d’Adoption-Russie.

Ce dernier ironise et ajoute qu’aujourd’hui la liste d’attente de Français sur la Russie est de 1400 personnes: «Donc à 8 adoptions par an, même s’ils décuplent leur puissance de travail, cela fait entre 100 et 150 ans d’attente…»

 
 

Traditionnellement, 80 % des adoptions en Russie se faisaient par la voie individuelle (les candidats prennent des contacts sur place avec des avocats, des médiateurs qui connaissent les procédures d’adoption et qui servent de traducteurs), ensuite par les OAA (Organismes Autorisés pour l’Adoption) qui sont des organismes privés et depuis peu, l’AFA.


La Russie entre reconnaissance et honte

Au delà des procédures administratives, le phénomène de l’adoption reste confidentiel en Russie et le sujet frôle le tabou. Selon Valérie Lessage, «Les Russes sont heureux de voir un enfant sortir de l’orphelinat et avoir un avenir meilleur. Par contre, ils sont déçus et honteux de ne pas pouvoir le faire eux-même et d’avoir recours à l’adoption à l’international pour aider ces enfants
Selon les termes de la Convention de La Haye signée par la Russie, un enfant est systématiquement proposé à l’adoption nationale et doit être visité et refusé par un certain nombre de Russes avant d’être proposé à l’international.

Par ailleurs, depuis deux ans, l’Etat russe fait le maximum pour favoriser le placement des orphelins en familles d’accueil russes.

Source : Aujourd’hui la Russie