Cette question est probablement centrale chez les enfants adoptés qui peuvent se retrouver soit dans un processus d’acculturation, soit confrontés à un dédoublement culturel et identitaire renforcé. De manière générale, les parents adoptifs se préoccupent surtout de la santé physique et des différences visibles chez leur enfant. Ils s’interrogent parfois sur une éventuelle maladie héréditaire. De manière légitime, ils se préoccupent ensuite de la différence psychologique, du regard des autres, de quelle manière leur enfant va s’attacher à eux et s’intégrer à son nouveau milieu. Indépendamment de leurs nombreux questionnements, les parents adoptifs doivent veiller à renforcer l’identité de l’enfant, son sentiment d’appartenance à sa famille, à son milieu social mais aussi à sa culture d’origine. Lorsque l’enfant est issu d’une autre culture et présente des dissemblances plus marquées, la différence s’affiche beaucoup plus mais les problèmes d’identité sont les mêmes.

L’adoption est une affaire de patiente, de coïncidence, d’attachement, d’identification et d’affection. Après une période de démarches et d’incertitude, lorsqu’un projet d’adoption se concrétise, l’aventure peut commencer. Après une période d’attente parfois assez longue, l’enfant finit par arriver. Même si elles ont fait l’objet de certaines discussions, se posent alors différentes questions comme si l’adoption exigeait plus des parents adoptifs que des autres parents. Avec l’arrivée d’une nouvelle personne dans la famille, la faculté d’adaptation est primordiale, tant pour les parents que pour les enfants.

Certains évoquent la période de la post-adoption, comme un défi à relever. Il importe de démystifier certaines idées reçues à propos de l’adoption. L’attachement instantané représente une fausse croyance qui provient de l’époque où les parents adoptifs venaient choisir l’enfant dans les orphelinats. Ils étaient alors convaincus que le premier enfant qui leur tendait les bras était celui qu’ils devaient adopter. Or, le processus d’attachement ne s’installe pas en fonction des sentiments (positifs ou négatifs) ressentis lors de la première rencontre. Cette première impression peut être faussée par différents éléments qui ne peuvent garantir l’installation d’un processus l’attachement favorable. Analogue à une naissance, l’adoption comporte des moments d’incertitude et de balbutiement. Il s’agit surtout de la rencontre entre deux êtres différents, qui ont probablement besoin l’un de l’autre. Une aventure humaine où la relation reste à construire.

Certains parents adoptifs rapportent cependant qu’ils ont éprouvé plus difficultés de créer des liens solides et stables avec leurs enfants adoptifs qu’avec leurs enfants naturels. Dans les situations où l’enfant adopté a déjà vécu dans une autre famille ou a évolué dans une institution, il a connu une autre réalité et doit s’adapter à de nouveaux repères parfois très différents. De manière radicale et sans aucune progression, tout ce qui concerne cette réalité originelle (les odeurs, les voix, les sons, l’ambiance, etc.) disparaît du jour au lendemain. Au début, il va essayer de retrouver instinctivement les traces de ce passé proche. Il va mobiliser son énergie psychique à survivre le mieux possible à cette rupture. Il ignore qu’il va vivre avec des nouvelles personnes qui vont devenir ses parents pour la vie. Ce stress émotionnel profond laissé par la trace de quelque chose qui s’évanouit progressivement dans les mânes du temps peut persister des années durant, voire même pendant la vie adulte. Conscients de ce trouble plus ou moins apparent, les parents adoptifs observent ces mécanismes psychologiques (souvent inconscients) et pensent à se mettre dans la peau de l’enfant adoptif pour l’aider à trouver son identité malgré certaines différences visibles ou invisibles.

L’origine ethnique de l’enfant adopté joue également un rôle significatif dans les processus d’attachement et d’identification. Aujourd’hui, l’adoption internationale est portée par les vagues de la mode et l’évolution des mentalités. Chaque année, des milliers de parents adoptent des enfants en provenance des cinq continents. Actuellement, ces jeunes enfants proviennent d’une vingtaine de pays (principalement la Chine, Haïti, la Russie, le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil et la Colombie). De manière générale, les spécialistes de l’adoption observent que les enfants issus de l’adoption internationale s’adaptent assez bien à leur nouveau milieu, surtout s’ils ont été adoptés très jeunes. La plupart de ces enfants venus d’ailleurs bénéficient des meilleurs soins et de bonnes conditions d’accueil. Lorsque l’enfant est d’une autre couleur de peau que celle de ses parents adoptifs, le regard des autres et les questions sont souvent dérangeantes. En filigrane des réflexions se révèlent diverses formes de racisme ou de xénophobie. Ces attitudes souvent insidieuses se manifestent différemment selon l’âge et l’origine ethnique de l’enfant. Les enfants qui apparaissent comme « adorables » lorsqu’ils sont petits, deviennent plus connotés en grandissant. Certains affirment que les enfants africains sont plus souvent victimes de racisme en grandissant, que les enfants asiatiques qui seraient mieux « appréciés ». Pour les Asiatiques, c’est le stéréotype de l’enfant parfait qui fait souvent la vie dure aux fillettes. Elles sont gentilles, dociles et elles devraient tout réussir. C’est souvent à l’adolescence que l’image stéréotypée de l’enfant « mignon » finit par s’estomper, laissant la place à d’autres ressentiments.

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