Nathalie Parent : «Les enfants adoptés à l’étranger sont moins nombreux depuis dix ans»

La présidente de la fédération Enfance et Familles d’adoption, Nathalie Parent, explique que les procédures à l’international aboutissent moins qu’avant en France, notamment parce que le niveau de vie dans les pays concernés a augmenté.

A la fin de l’année, ce sera terminé : la France va suspendre les adoptions en république démocratique du Congo pour éviter tout risque de trafic après la découverte d’irrégularités. Cette décision met en lumière les difficultés rencontrées par les aspirants à l’adoption, alors que le nombre d’enfants étrangers accueillis dans le pays ne cesse de baisser ces dernières années. Comment l’expliquer ? Est-ce encore possible d’adopter, en France ou à l’international ? A quelles conditions ? Éléments de réponses avec Nathalie Parent, présidente de la fédération Enfance et Familles d’adoption, qui regroupe plus de 90 associations départementales et représente environ 9 000 familles.

En 2015, pour la cinquième année consécutive, le nombre d’enfants étrangers adoptés en France a de nouveau baissé : ils étaient 815, contre 5 000 environ dix ans plus tôt. Comment l’expliquer ?

Depuis la signature de la convention de La Haye en 1993 [relative à la protection de l’enfant et à la coopération en matière d’adoption internationale, ndlr], beaucoup de pays qui ont ratifié le texte ont petit à petit mis en conformité leur législation. Concrètement, cela implique de mettre en place des mesures de protection de l’enfance sur leur sol, de lutter contre l’abandon ou ses causes, et d’élaborer un système d’adoption nationale. La convention de La Haye implique un principe de subsidiarité : laisser l’enfant dans sa famille biologique, dans sa famille élargie si ce n’est pas possible. Le cas échéant, un projet d’adoption nationale est établi, et si celui-là ne peut aboutir, alors seulement vient la procédure internationale. Résultat : les enfants adoptés à l’étranger sont moins nombreux depuis dis ans..

Beaucoup d’Etats ont par ailleurs vu leur niveau de vie augmenter. Le cas du Brésil est significatif : il y a vingt ans, c’était le premier pays d’origine des enfants accueillis en France, ils étaient des centaines. Désormais, le nombre d’enfants brésiliens confiés à l’étranger s’est considérablement réduit [vingt pour la France en 2015]. Aujourd’hui, il s’agit principalement d’enfants plutôt grands ou à besoins spécifiques.

Parallèlement, le nombre d’agréments délivrés à des familles françaises reste très élevé : 18 000 sont actuellement en cours de validité. Comment expliquer un tel décalage ?

Ce nombre ne signifie pas que tous les projets de ces familles sont réalisables. Beaucoup d’agréments sont délivrés, mais toutes celles qui le reçoivent ne pourront pas adopter. Qui plus est, en France, il n’y a pas de barrières telles qu’une limite d’âge pour être agréé. En fait, c’est un peu comme une loi du puzzle : il faut trouver des familles postulantes à l’adoption dont le projet colle aux besoins. On ne peut pas se déclarer prêt à devenir parent de n’importe quel enfant.

Comment rendre ce puzzle bien plus fonctionnel ?

Il faudrait une vraie réforme de l’adoption. On ne peut laisser croire à autant de gens qu’ils pourront devenir parents alors que leur projet n’est pas réaliste. Pourquoi ne pas mettre en place une information plus précise sur les profils des enfants adoptables, et une sensibilisation à la parentalité adoptive ? Désormais, 65 % des enfants venus de l’international sont dits «à besoins spécifiques» – en raison de leur âge, du fait qu’ils vivent dans une fratrie ou de leur état de santé. Dans les départements où cela est expérimenté, près d’un couple sur deux renonce. Enfin, nous avons déjà suggéré, en vain, d’instaurer un écart d’âge maximum entre les postulants à l’adoption et les enfants.

Comment se porte l’adoption des pupilles de l’Etat ?

En 2013, 894 enfants pupilles ont été placés en vue d’adoption. Ce qui coince vraiment ? Un certain nombre d’entre eux seraient juridiquement adoptables, mais n’ont pas trouvé de famille. Selon un récent rapport, ils sont actuellement 1 459 à ne pas être adoptés, soit parce que la procédure est en cours (pour 25 % d’entre eux), que leur insertion dans une famille d’accueil est bonne (10 %), en raison de séquelles psychologiques (12 %) ou de la persistance de liens avec leur famille biologique (6 %). Les 47 % restants sont des enfants pour lesquels on n’a pas trouvé de famille en raison de leur état de santé, de leur âge ou du fait qu’ils fassent partie d’une fratrie… Ces enfants-là, à 18 ans, devront se débrouiller seuls. Il existe sans doute des familles potentielles pour eux, mais là encore, cela sous-entend de bien préparer le projet parental. Or l’un des rares organismes spécialisés dans l’accompagnement des adoptants potentiels de pupilles à besoins spécifiques, l’Orcan [l’Organisation régionale de concertation sur l’adoption en Normandie], va fermer à la fin de l’année pour des raisons budgétaires. On parle souvent de parcours du combattant pour les futurs parents, mais c’est encore pire pour les enfants.

source : http://www.liberation.fr/france/2016/12/07/nathalie-parent-les-enfants-adoptes-a-l-etranger-sont-moins-nombreux-depuis-dix-ans_1533747

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