article de Marie-José Sibille, Auteure, psychothérapeute EMDR, formatrice. http://www.sibillemariejose.com

Le burn-out parental ou maternel, on connaît. Fatigués par leur rôle de parent, certains craquent. Mais au contraire de ce burn-out, qui prend racine dans le rapport parent-enfant, le burn-out familial découle d’éléments extérieurs à la cellule de la famille. Autant les enfants que les parents doivent répondre à des pressions sociétales et finissent par craquer. Le stress domine les relations familiales, se propage de l’un à l’autre, et déséquilibre les rapports familiaux. 

Marie-José Sibille, psychothérapeute et auteure des livres Adopter sa famille et Juste un mauvais moment à passer…* nous explique les causes de ce burn-out, les signaux qui alertent mais aussi les moyens d’y remédier.
« Je pourrais commencer par vous raconter l’histoire de Sophie et David, un couple d’une quarantaine d’années, travaillant tous les deux, cadre moyen dans une très grosse entreprise et personnel soignant dans un hôpital, dont les trois enfants sont déjà « un peu grand ». L’ainé est en plein milieu des années collège, et ses notes ne sont pas terribles. Les profs disent qu’il ne tient pas en place. Alors pendant les vacances il prend des cours supplémentaires au lieu de faire du sport et d’aller respirer l’air pur dont il a tant besoin. La deuxième est au CP, c’est une petite fille toute timide qui se trouve un peu paumée hors des jupes de l’école maternelle. Elle a souvent mal au ventre, laisse tomber les choses, se sent fatiguée. Quant au dernier, il a des comportements un peu violents à la crèche, il tape ses petits camarades, c’est pour cela qu’ils sont tous venus me voir à mon cabinet. Très vite, le papa avoue sa fatigue, la maman pleure, la petite fille reste collée contre elle, les deux garçons s’agitent et l’un deux déchire la feuille de dessin que je lui ai proposée. Ils vont parler de leur peur de ne pas y arriver, menaces sur l’emploi de monsieur, peur de l’échec scolaire, en somme de tous les troubles possibles et imaginables que notre société invente, hyper, dys, et tant d’autres, overdose de temps passé sur les écrans au détriment d’activités régulatrices de stress. Les deux parents se reprochent beaucoup leurs cris, et le fils ainé peut dire qu’il croit que c’est de sa faute, parce qu’il n’arrive pas à de bons résultats. Cette famille est saturée. Il suffit alors d’un déclencheur comme une maladie, une mise au chômage, un parent âgé qui tombe malade, et le fragile équilibre peut se rompre. 
Vous pensiez peut-être ne pas connaître le burn-out familial, mais vous avez tort. Si vous regardez avec un peu plus d’attention, certaines personnes autour de vous peuvent en présenter des signes, comme c’était le cas avec Sophie et David. Ce débordement émotionnel que l’on nomme burn-out ressemble beaucoup à de la dépression. Le cerveau est saturé et en état de stress majeur et cela peut entraîner des comportements dangereux pour soi ou pour l’enfant, ou un désintérêt face à sa situation familiale. Ce n’est pas un épiphénomène. A partir du moment où vous n’avez pas un cuisinier, un jardinier, un chauffeur et une femme de ménage, alors oui, vous pouvez être concerné !

En ce qui concerne le burn-out parental, l’origine est un problème relationnel avec les enfants, soit parce que le parent a du mal à prendre cette place, soit parce qu’un baby blues ou une dépression post-partum sont passés inaperçus, soit parce que les parents sont réactivés dans leurs propres souffrances d’enfants et ne savent pas comment gérer ces émotions. La source du burn-out familial, elle, est extérieure, elle vient des pressions de la société et parfois aussi de celles de la famille élargie, mais ses manifestations se voient au sein du cercle familial et au travers de toutes les interactions : parent-enfant, enfants entre eux dans la fratrie, mère-père et mari-femme. »

Burn out familial : pourquoi en arrive-t-on parfois à vivre une telle situation ?

« Aujourd’hui, les individus sont sur-sollicités par la société. En ce qui concerne les mamans qui travaillent, elles doivent assumer une deuxième journée en rentrant à la maison, même si les papas sont bien plus investis qu’autrefois. Pour les familles monoparentales, composées à 95% de mamans célibataires, c’est plus dur encore car elles doivent tout assumer à 100%. Et parmi ces mamans solos, celles qui ont un travail qui ne les motive pas se sentiront comme prises au piège, sans échappatoire libérateur. Les mères au foyer ne sont pas épargnées, c’est même peut-être encore pire pour elles car, étant très peu valorisées par notre société, elles ont tendance à en faire deux fois plus à la maison, à vouloir être parfaites. Elles se mettent une grosse pression dans de nombreux domaines et elles peuvent avoir du mal à se confier à leur partenaire, mais aussi à leurs amies ou à leur famille d’origine, sur les difficultés qu’elles rencontrent car elles considèrent que gérer la maison, c’est leur rôle et culpabilisent donc quand elles ont le sentiment de ne pas être à la hauteur. Les pères sont, quant à eux, souvent soumis à la pression de devoir à tout prix sécuriser financièrement leur famille, c’est encore majoritairement le cas, et dans les couples paritaires, les deux parents finissent par porter les charges des deux, sans pour autant les diminuer. Quant aux enfants ils sont soumis à toutes les pressions scolaires, mais aussi de groupe, par rapport à leur look, à leurs écrans ou aux marques qu’ils portent ».

Quels sont les signaux qui doivent nous alarmer ?

« Ils sont nombreux. Le premier à venir est la dégradation du soin apporté à la famille et à soi-même, que ce soit dans l’hygiène, la nourriture, le sommeil ou le respect des rythmes établis. Un autre signal est l’augmentation des conflits dans la famille qui peuvent alors aller jusqu’aux violences verbales ou éducatives. Il y a plus de cris et de scènes de ménage. Le couple ne prend plus le temps de se retrouver. Et parfois, ne sachant comment faire avec ce stress, le conjoint, l’amoureuse, l’ami(e), devient l’ennemi (e), l’obstacle, la goutte qui fait déborder le vase. Le couple n’a plus envie de voir ses amis, les frères et sœurs se disputent sans arrêt, tout devient une corvée. Les déclencheurs sont davantage des broutilles que de véritables problèmes de fond. Ensuite, des somatisations se mettent en place et, le mal-être se manifeste aussi via notre corps : on a mal au dos, à la tête, au ventre … Et on peut aussi développer une résistance moindre aux maladies. Les addictions augmentent aussi : tabac, alcool, médicaments et écrans en particulier. »

Que faire lors de l’apparition des premiers signes ?

« Il faut se couper, c’est la priorité. Dites stop. Vous pouvez, par exemple, vous isoler dans votre chambre et expliquer aux autres que vous avez besoin d’être seule. Si vous le pouvez, n’hésitez pas à partir quelques jours, pour faire une vraie coupure. C’est ce que j’appelle la garde alternée … sans divorce ! Il ne faut pas hésiter à prendre du recul. Par ailleurs, le burn-out est, en partie, lié au manque de sommeil. Alors, lors de votre isolement, dormez ! Et surtout, ne culpabilisez pas de cette coupure. Quand vous allez mal, vos enfants le voient et ils n’auront aucun souci pour vous donner la permission de trouver les stratagèmes qui vous plaisent pour tenter d’aller mieux. Le tout est de ne pas se désintéresser de sa vie familiale. Il est très important de se dégager un espace temporel et spatial privilégié. Il vous permettra, dans un premier temps, de désamorcer la bombe et dans un second, de trouver une habitude qui n’appartient qu’à vous et qui vous permet de souffler. Et pas de panique, si vos enfants peuvent être surpris dans un premier temps, ils prendront l’habitude de vous voir vous exclure de temps en temps. Et si vous allez mieux, eux aussi iront mieux, puisque les relations familiales, garantes en grande partie du bien-être de l’enfant, seront rééquilibrées. Le lien qu’on entretient avec soi-même est très précieux, c’est une grande ressource face à la vie. Certaines personnes se sentent en difficulté pour s’isoler ou couper avec le quotidien. C’est souvent alors la maladie qui donne cette permission. C’est mieux de se poser la question avant ! »

Et quelle est l’attitude à adopter sur le long terme ?

« La première des choses à faire est d’apprendre à dire « non ». C’est surtout dur pour les femmes mais cela peut aussi l’être pour les papas modernes bien entendu. Il faut savoir dire non à son conjoint mais aussi à ses enfants. C’est un pouvoir extraordinaire car la plupart des situations de stress découlent souvent d’une situation où nous avons été en incapacité d’exprimer clairement notre refus. Apprenez aussi à déléguer. Par exemple, votre ado de 16 ans est certainement capable de faire quelques lessives seul. Et vos enfants vont être ravis d’être chargés de faire le repas un soir par semaine. Certains comportements parentaux nourrissent la dépendance et finissent par saturer la famille.
La troisième chose à faire est de ne pas oublier de prendre soin du couple car le couple est une relation qui, quand elle est saine et fonctionne bien, a une grande capacité à réguler les problèmes familiaux et à contenir les émotions difficiles. Prendre soin du couple c’est prendre soin de la famille et donc des enfants. Le couple amoureux est garant du couple parental. Pour ce faire : essayer de prendre du temps rien que pour être deux, pourquoi pas un week-end ou une semaine. Un couple a fait en sorte de s’octroyer une semaine en tête à tête en thalasso par an par exemple, et cela leur a été très bénéfique.
La quatrième chose est… d’arrêter de vouloir être parfait. Il peut y avoir une tendance qui se dégage au travers des livres et des réseaux sociaux. Ce courant incite les parents, et c’est très bien, à développer une éducation sans cris, sans conflits… Mais chez certains, cela engendre une grosse pression et ils se considèrent alors comme mauvais s’ils ne se conforment pas à cette image. Ils finissent souvent par avoir une peur panique que leurs enfants développent des troubles. Alors si, bien sûr, il est plus sain de vivre dans un environnement serein, souvenez-vous qu’un coup de colère ou un coup de stress, cela arrive à tout le monde et sachez que les enfants ont une grande capacité de pardon et d’adaptation. Tant qu’ils savent qu’ils ne sont pas les responsables, tant qu’il y a de la communication autour des débordements, alors tout peut s’arranger. Quand on ne cherche pas absolument à cacher à son enfant que ça ne va pas, alors la pression de la perfection devient moins grande.
Et enfin, n’hésitez pas à vous faire aider avant que la situation ne soit trop explosive et le couple au bord de la séparation : thérapeutes, ateliers de soutien à la parentalité, réseaux de parents, lectures et journaux, de nombreuses ressources existent aujourd’hui. »
* Adopter sa famille, L’adoption internationale aujourd’hui, un exemple d’attachement résilient et 
 Juste un mauvais moment à passer …, Marie-José Sibille, Editions BOD.

source : https://paroledemamans.com/ma-vie-de-maman/psycho-2/burn-out-familial-quand-toute-la-famille-est-sous-pression