Par nature, enfants et parents adoptifs ne sont pas d’emblée réunis (sauf exceptions). Il existe toujours un délai entre le jour où nous, futurs parents ou déjà parents (apparentés, par la loi), savons que nous sommes – nous savons, nous sentons… – parents, et le jour où nous serons réunis avec nos enfants pour la vie… dans la vraie vie. Délai qui peut être long, parfois terriblement long – délai que l’on peut aussi juger trop prompt, car il arrive qu’on se sente soudainement « pris de court ». Dans ces moments, l’entourage, les institutions ne comprennent pas toujours qu’on puisse ainsi se sentir parents sans avoir encore rencontré son enfant, ce qui peut être source de souffrance, de stress additionnels.

La « distance » entre nos enfants et nous peut aussi survenir par la suite à différentes étapes de la vie : hospitalisation, pensionnat, garde partagée en cas de divorce, fugue, parfois nécessaire mise à distance…

C’est de ces distances, subies ou souhaitées – ou souhaitables – dont le prochain numéro d’Accueil va faire état : nous serions heureux de pouvoir recueillir vos témoignages.

Nous vous remercions chaleureusement par avance de vos envois (vous trouverez ci-après quelques questions qui pourront vous guider) et vous souhaitons une belle fin d’automne !

Rencontre/débuts de vie

· Vous vous êtes sentis devenir parents, être parents, même en étant éloignés de votre enfant : pouvez-vous nous raconter ? Comment ce lien « à distance » s’est-il établi ? Ou a contrario, vous avez senti une distance avec votre enfant, tout en étant avec lui : comment le lien s’est-il établi ?

· Avez-vous reçu une photo, des images, un prénom… toutes sortes d’éléments qui vous ont aidés (ou non) à vivre le lien avec votre enfant au-delà d’une distance géographique ou physique ?

· Il s’est passé un temps très long entre votre apparentement et la rencontre avec votre enfant : comment avez-vous vécu, comment avez-vous nourri ce lien de parent avec votre enfant ?

· L’attente du jugement, de la rencontre, de votre vie ensemble a été particulièrement longue. De quelle façon avez-vous pu « nourrir » cette attente ? Comment avez-vous réussi à dépasser le stress, l’incertitude, la peur ? à surmonter cette distance ? Et du côté de votre enfant, comment les choses se sont-elles passées ? Avez-vous pu créer un lien (Skype, envoi de photos, courriers…) avec lui ? Cette distance a-t-elle été facile, par la suite, à réparer, dépasser ? Pouvez-vous nous raconter ?

· Votre enfant a été hospitalisé : de quelle façon avez-vous pu maintenir le lien entre vous, pour lui ? et pour vous ?

· Vous êtes partis à l’étranger rencontrer un enfant en laissant un(e) aîné(e) en France : comment avez-vous vécu cette distance ? Et votre enfant resté en France ?

· La procédure d’adoption vous a obligés à faire plusieurs allers-retours dans le pays où votre enfant est né : comment avez-vous vécu ces ruptures, « distances » répétées ? Et votre enfant, comment l’a-t-on accompagné ? Comment avez-vous fait pour amoindrir ces ruptures pour lui ? Qu’avez-vous perçu de ce qu’il a pu vivre, durant ces distances répétées ? En avez-vous reparlé par la suite avec lui ?

Distances à différentes étapes de la vie (scolarité complexe ; stade adolescence…)

· Votre enfant a été interne. Etait-ce de votre fait ? du sien ? Comment l’a-t-il vécu ? et vous, parent(s), comment avez-vous ressenti cette distance ?

· L’adolescence est l’âge d’une « prise de distance » de nos enfants. Pensez-vous que cela soit plus difficile pour nous, parents adoptifs (qui avons parfois accueilli nos enfants déjà grands, ce qui raccourcit ce temps d’une grande proximité affective ? Comment vivez-vous cette étape, qui marque une autre forme de distance ? Comment accompagner – sans l’entraver – cette volonté de prise de distance des enfants qui se dirigent vers leur autonomie, leur émancipation ?

· Qu’en est-il de la distance que les parents doivent apprendre à établir par rapport à leurs enfants, celle que l’on nomme la « bonne distance » ? Pensez-vous que cela soit plus difficile pour les parents adoptifs ?

Mises à distance

· Vous avez divorcé et vivez « à distance » votre relation à votre/vos enfant(s) certains jours de la semaine ou périodes de l’année. Pensez-vous que cette situation soit plus difficile pour vous, parent adoptif ? plus difficile pour votre ou vos enfant(s) en tant qu’adopté(s) ? Quels conseils donneriez-vous à des parents qui auraient à vivre une telle séparation ?

· Votre enfant, ou l’un de vos enfants, a été placé – ou est en situation de rupture avec vous (fugue, prison…) Pouvez-vous, ou avez-vous pu, à ces moments-là, maintenir le lien ? Et si oui, de quelle façon ? Avez-vous l’impression que votre relation en a été modifiée ?

· Vous avez été dans l’obligation de mettre, vous-même, une distance avec un enfant – par une relation de parrainage, par l’organisation de séjours chez un tiers (grands-parents, oncle, tante, amis…). Pouvez-vous nous raconter ? Comment avez-vous vécu ces périodes d’éloignement ? Diriez-vous que vous êtes – ou avez été – suffisamment accompagnés, aidés ?

· Votre enfant est parti vivre chez un membre de sa famille biologique et vous a, peut-être pour un temps, « mis à distance » : comment l’avez-vous vécu ? le vivez-vous aujourd’hui ? Vous êtes-vous senti remis en cause, en tant que père ou mère ?

· Jeune adulte, votre enfant a choisi de partir vivre dans son pays de naissance : comment le vivez-vous ? Avez-vous pu maintenir un lien ? de quelle façon ? Vous sentez-vous « parent abandonné » ? Le fait qu’il s’agisse du pays d’origine de votre enfant induit-il une distance plus lourde à porter que s’il était simplement parti à l’étranger, comme de très nombreux jeunes ?

Vos contributions seront les bienvenues, avant la fin de l’année 2017 à l’adresse suivante :

frederique.lefloch@adoptionefa.org